Société canadienne de la sclérose en plaques

M. David Picketts

Ph. D., scientifique principal, Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa

M. Picketts est scientifique principal au sein du programme de médecine régénératrice de l’Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa et professeur titulaire à la Faculté de médecine et au Département de biochimie, de microbiologie et d’immunologie de l’Université d’Ottawa. Il occupe également le poste de directeur du Collaborative Program in Human Molecular Genetics (programme collaboratif en génétique moléculaire humaine).

M. Picketts a obtenu un doctorat (Ph. D.) à l’Université Queen’s de Kingston, en Ontario, avant d’effectuer un stage de recherche postdoctorale au Weatherall Institute of Molecular Medicine (Institut de recherche en médecine moléculaire Weatherall) à Oxford, en Angleterre. Durant ce stage, il a cloné le gène ATRX et établi que ce gène est à l’origine d’un trouble du développement du cerveau associé à une déficience intellectuelle marquée.

L’équipe de recherche de M. Picketts se sert de modèles de souris transgéniques chez lesquelles les gènes qui codent pour des régulateurs épigénétiques ont été inactivés afin de cerner l’importance de ces gènes au cours du développement du cerveau et de mieux comprendre les mécanismes physiopathologiques à l’origine des déficiences intellectuelles, des accidents vasculaires cérébraux et de la SP. Récemment, il s’est beaucoup intéressé à la SP, puisque l’une de ses études sur un modèle de lésion survenue pendant le développement du cerveau a indiqué une augmentation de la myélinisation après l’effort.

Questions et réponses avec M. Picketts
Qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser à la recherche sur la SP? Qu’est-ce qui vous incite à poursuivre des travaux dans ce domaine?

Ce sont mes discussions avec Rashmi Kothary, collègue et chercheur qui jouit d’une longue expérience dans le domaine, qui m’ont amené à m’intéresser à la recherche sur la SP. L’une de nos récentes découvertes a ravivé cet intérêt : nous avons établi qu’un neuropeptide appelé VGF subit une régulation positive durant l’exercice, qui entraîne une augmentation de la myélinisation chez un modèle murin de lésion survenue durant le développement du cerveau. Cette découverte s’est révélée particulièrement intéressante, puisque nous avons pu envisager alors d’évaluer si VGF peut intensifier la remyélinisation en cas de SP. Nous avons donc présenté une demande de subvention à la Société canadienne de la SP en vue d’explorer cette hypothèse, qui a été acceptée. Les travaux financés par cette subvention indiquent que la protéine VGF contribuerait à la rémission de diverses façons en favorisant la remyélinisation et en atténuant l’inflammation. Les travaux de recherche que nous menons dans le but de comprendre le rôle de cette minuscule molécule sont à la fois ambitieux et stimulants – et c’est ce qui nous motive.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans la recherche et quels sont les plus grands défis auxquels vous faites face?

Il n’y a rien de plus gratifiant que de faire une nouvelle découverte, et notamment d’obtenir des résultats inattendus. Par exemple, nous avons été enthousiasmés par les travaux qui nous ont permis de faire la lumière sur un nouveau rôle de la protéine VFG et de démontrer qu’elle peut favoriser la myélinisation. La formation de la relève scientifique compte également parmi les gros avantages du travail de chercheur. La collaboration avec les jeunes est une cure de rajeunissement. En revanche, l’une des principales difficultés inhérentes à la recherche réside dans le roulement du personnel scientifique. Les stagiaires font partie d’une équipe de recherche pendant trois à cinq ans; or, c’est justement au moment où ils sont en passe de devenir des éléments moteurs d’un projet qu’ils obtiennent leur diplôme. Par ailleurs, il est difficile pour eux de transmettre leurs connaissances aux stagiaires qui prennent le relais, puisque leurs périodes de recrutement ne coïncident pas. En conséquence, le projet ralentit quelque peu pendant cette phase de transition avant de reprendre son cours. C’est sans compter que chaque stagiaire interprète à sa façon les étapes de la réalisation d’une expérience. C’est comme en cuisine : il y a beaucoup de gens qui peuvent suivre une recette de lasagnes, mais chaque plat de lasagnes est unique en son genre.

Quelle importance accordez-vous à la collaboration et dans quelle mesure y avez-vous recours dans le cadre de vos travaux de recherche?

La recherche est par sa nature même une activité fondée sur la collaboration. Elle permet à des personnes ayant des origines ethniques, des origines sociales et des formations techniques différentes de collaborer à l’atteinte d’un objectif commun. C’est le propre de tout laboratoire de recherche. Mais, une équipe de recherche doit également mettre à contribution les réactifs, les protocoles ou l’expertise d’autres équipes pour faire avancer ses projets. Il est inconcevable qu’un chercheur ou une équipe de recherche parviennent à eux seuls à mettre au point et à appliquer toutes les techniques nécessaires pour répondre à une question de recherche complexe en travaillant en vase clos. Par exemple, ce sont nos collègues du laboratoire de Rashmi Kothary qui nous ont appris à isoler les précurseurs d’oligodendrocytes et à les distinguer des oligodendrocytes. Il s’agit là d’une technique très pointue et, sans leur aide, nous aurions peut-être dû consacrer plusieurs années au perfectionnement des cultures avant de pouvoir les utiliser pour nos expériences.

Dans quelle mesure le soutien fourni par la Société canadienne de la SP vous permet-il de mener à bien vos travaux de recherche?

Le soutien de la Société canadienne de la SP est essentiel! La première subvention qu’elle nous a accordée nous a permis d’explorer cette nouvelle piste de recherche sur la protéine VGF. Sans cette subvention, le projet n’aurait jamais vu le jour. Nous avons fait des progrès considérables et nous avons été en mesure de renouveler cette subvention pour poursuivre nos travaux. Nous sommes très reconnaissants à tous les donateurs qui financent indirectement ces projets de recherche.

Si vous pouviez poser une seule question à une personne vivant avec la SP qui pourrait vous aider à concevoir une étude, quelle serait-elle?

Il est très difficile de répondre à cette question pour l’instant, puisque notre projet en est encore à une phase exploratoire, en ce sens que nous essayons de comprendre comment la protéine VGF favorise le rétablissement à l’échelle cellulaire. Si nous parvenions à démontrer que la protéine VGF a des effets très bénéfiques et qu’elle pourrait être utilisée à des fins thérapeutiques, je demanderais à une personne vivant avec la SP de me dire quel est le meilleur mode d’administration selon elle et je me servirais des éléments d’information fournis pour établir le mode d’administration de cette protéine.

Étude de M. Pickett subventionnée par la Société de la SP :

Détermination du double rôle de la protéine VGF dans la régulation du processus pathologique de la SP