Mme Michelle Ploughman

large.jpg

Mme Ploughman est une neuroscientifique et une chercheuse en physiothérapie qui se consacre à la mise au point d’interventions de réadaptation novatrices et potentiellement très efficaces, capables non seulement de rétablir les capacités fonctionnelles, mais également de favoriser la plasticité du cerveau. Elle est titulaire de la chaire de recherche du Canada (de niveau 2) en réadaptation, en neuroplasticité et en rétablissement des fonctions cérébrales, et professeure adjointe en physiatrie et en réadaptation à la Faculté de médecine de l’Université Memorial. Mme Ploughman s’efforce depuis toujours de déterminer les effets de l’intensité de la réadaptation sur le rétablissement fonctionnel. Elle a effectué son stage de recherche postdoctorale au Centre régional de recherche et de formation stopSP de l’Université Dalhousie. Elle a également lancé le premier programme de recherche en réadaptation de Terre-Neuve-et-Labrador et ouvert son laboratoire (Recovery & Performance Laboratory; laboratoire de recherche sur le rétablissement fonctionnel et les capacités fonctionnelles) au sein d’un centre de soins tertiaires en réadaptation en 2014. Ce laboratoire, qui est financé par la Fondation canadienne pour l’innovation, est équipé d’une série d’appareils pour les épreuves d’effort et l’entraînement (chariot métabolique, tapis roulant muni d’un harnais de sécurité, vélo allongé, moniteurs de la fréquence cardiaque), d’une station d’évaluation de l’excitabilité du cerveau au moyen des systèmes de neuronavigation Magstim BiStim et Brainsight Neuronavigation, d’un tapis de marche (Protokinetics) permettant d’analyser la démarche et l’équilibre, en plus de comprendre un espace d’évaluation privé, équipé d’une table hydraulique et du matériel et des logiciels nécessaires à la collecte et à l’analyse de données. Parmi les récents travaux de recherche menés au sein de ce laboratoire, citons l’exploration des effets synergiques des exercices aérobiques et de l’entraînement cognitif dans le contexte des accidents vasculaires cérébraux (AVC) chroniques (2013-2017), la définition de paramètres d’entraînement et de résultats optimaux chez les personnes atteintes de SP (2015-2017), une étude sur l’entraînement à haute altitude visant à dépasser le plateau qui est atteint durant la phase de rétablissement à la suite d’un AVC (2017-2019), un essai pilote sur un programme intensif d’exercices aérobiques destinés à favoriser la remyélinisation et la neuroplasticité chez les personnes atteintes de SP pour les aider à recommencer à marcher (2018-2019), des travaux sur l’utilisation de la fluoxétine pour déclencher la période cruciale d’amélioration du rétablissement moteur des membres inférieurs à la suite d’un AVC (depuis 2017), ainsi que l’étude du rôle de l’intégration sensori-motrice dans le dysfonctionnement des membres supérieurs associé à la SP (depuis 2019).

Questions et réponses avec la Dre Ploughman

Qu’est-ce qui vous a amenée à vous intéresser à la recherche sur la SP? Qu’est-ce qui vous incite à poursuivre des travaux dans ce domaine?

C’est pendant la période où j’ai été physiothérapeute dans une clinique de SP que je me suis rendu compte que les patients recevaient des éléments d’information ambigus et parfois contradictoires sur l’exercice et la réadaptation. J’ai découvert à l’époque que le corpus de données probantes à l’appui de l’utilisation de l’exercice et de la réadaptation chez les personnes atteintes de SP était très limité, contrairement à celui dont on disposait pour d’autres troubles neurologiques comme l’AVC. Je me suis donc proposé de remédier à cette situation. J’ai compris que les gens vivant avec la SP depuis des décennies seraient d’importantes sources de connaissances pour quiconque souhaiterait apprendre à mener une longue vie en santé malgré la SP. Mes interactions avec ces personnes m’ont incitée à entreprendre une enquête nationale sur la santé et le vieillissement des gens atteints de SP auprès de 743 d’entre eux répartis aux quatre coins du pays. Par ailleurs, j’étais déterminée à améliorer la prise en charge des personnes atteintes de cette maladie, parce que plusieurs de mes anciens camarades de classe et de mes collègues ont la SP et que je souhaite qu’ils aient de meilleures options à leur disposition.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans la recherche et quels sont les plus grands défis auxquels vous faites face?

J’ai toujours aimé interagir avec les participants à nos programmes de recherche et être ainsi témoin des conséquences directes de ces travaux à l’échelle individuelle. De plus, la supervision des étudiants et les activités destinées à aider ces derniers à acquérir les compétences nécessaires pour former la prochaine génération de chercheurs spécialistes de la SP sont très gratifiantes. Bien entendu, l’obtention d’un financement pour les projets de recherche et de bourses pour les étudiants au cycle supérieur demeure le principal défi à relever. On ne peut pas nier qu’il est parfois difficile de convaincre les organismes subventionnaires de l’utilité et de l’importance de nos projets de recherche.

Quelle importance accordez-vous à la collaboration et dans quelle mesure y avez-vous recours dans le cadre de vos travaux de recherche?

L’établissement de partenariats avec d’autres chercheurs et d’autres laboratoires est essentiel pour mener à bien le type de travaux de recherche que j’entreprends (études d’intervention). Je travaille avec des scientifiques établis dans presque toutes les provinces du Canada et dans d’autres pays. De plus, je collabore étroitement avec des personnes atteintes de SP afin de m’assurer que nos efforts portent bien sur des problèmes qui sont importants à leurs yeux. Tout projet de recherche est une vaste entreprise, et la collaboration est un gage de résultats concluants pouvant changer la donne. Par exemple, depuis 2015, M. Craig Moore, le Dr Mark Stefanelli, neurologue spécialiste de la SP, des membres de la collectivité de la SP de Terre-Neuve-et-Labrador et moi-même avons créé le registre HITMS (Health Innovation Team in MS; équipe d’innovation en santé dans le contexte de la SP), soit une base de données sur le profil clinique annuel des personnes suivies, le fonctionnement des membres inférieurs et supérieurs, la cognition, l’excitabilité du cerveau, la forme physique et le profil neuro-immunitaire. Ce registre vise à nous permettre de comprendre comment les interactions entre les facteurs relatifs à la santé et au mode de vie, tels que la forme physique, d’une part, et l’axe neuro-immunitaire et les facteurs épigénétiques, d’autre part, influent sur la progression de la SP. À ce jour, nous avons recruté plus de 210 sujets atteints de SP (qui comptent plus de 500 visites individuelles). Nous espérons que nos découvertes auront des effets positifs notables sur la vie des personnes atteintes de SP au cours des prochaines années.

Dans quelle mesure le soutien fourni par la Société canadienne de la SP vous permet-il de mener à bien vos travaux de recherche?

Entre 2010 et 2011, la Société canadienne de la SP et son réseau de chercheurs m’ont aidée à réaliser une étude pancanadienne sur la santé et le vieillissement des personnes atteintes de SP, qui a considérablement enrichi nos connaissances sur les facteurs contribuant à un vieillissement épanoui avec la SP, à tel point que je continue d’en parler lors de conférences et d’en publier les données. Puis, de 2015 à 2017, nous avons bénéficié d’une subvention que nous a accordée la Société canadienne de la SP pour nos travaux de recherche pilote consistant à définir les critères d’entraînement optimaux pour la pratique d’exercices aérobiques chez les personnes vivant avec la SP. Enfin, les deux subventions que nous avons reçues en 2019 nous permettent de mettre à profit ces études fondatrices solides et sont essentielles à la poursuite de mes travaux de recherche centrés sur le rétablissement fonctionnel des membres supérieurs et inférieurs dans le contexte de la SP. En somme, nous ne pourrions pas maintenir nos activités de recherche sans ces subventions.

Si vous deviez décrire vos travaux de recherche à un membre de votre famille, quelle analogie utiliseriez-vous?

Nous savons que l’exercice a des effets positifs directs sur le cerveau. En effet, il accroît la circulation sanguine, atténue l’inflammation, stimule l’activité des neurotransmetteurs, favorise les connexions neuronales saines dans le cerveau et préserve les fonctions cognitives. Force est de constater qu’aucune autre intervention ne procure autant de bienfaits aussi importants à elle seule! Cela dit, les personnes atteintes de SP ont beaucoup de difficulté à faire de l’exercice. Par exemple, les symptômes tels que la fatigue extrême, la sensibilité à la chaleur, et les problèmes de vue et de coordination, sont autant d’obstacles qui les dissuadent de faire de l’exercice. Nos travaux de recherche consistent à concocter des programmes d’entraînement spécialisés adaptés aux besoins des personnes atteintes de SP et aptes à rétablir la mobilité et à contribuer à la réorganisation et à la réparation du cerveau chez ces personnes. Nous croyons qu’il faut prescrire et utiliser les interventions de réadaptation intensive de la même façon que les médicaments.

Si vous pouviez poser une seule question à une personne vivant avec la SP qui pourrait vous aider à concevoir une étude, quelle serait-elle?

Des personnes atteintes de SP collaborent constamment avec nous à la conception de nos études. Voici quelques questions que je leur pose systématiquement : « Comment vous sentez-vous en subissant tel examen ou en suivant tel traitement? À quel point cet examen ou ce traitement est-il utile selon vous? Quelles sont vos trois priorités personnelles en ce qui concerne votre parcours avec la SP? Si vous deviez donner des conseils à une personne qui vient de recevoir un diagnostic de SP, que lui diriez-vous? »

Open navigation