Nouvelles récentes sur la recherche en SP

Des chercheurs décèlent un nouveau facteur de risque génétique potentiel de la SP cyclique chez les femmes

Contexte

Bien que la sclérose en plaques (SP) ne soit pas une maladie héréditaire (transmise directement du parent à l’enfant), le risque de SP est plus élevé chez les enfants ou au sein de la fratrie d’une personne atteinte de SP que dans la population en générale. Ce schéma héréditaire laisse supposer que des facteurs de risque génétiques sont impliqués dans la détermination du risque de SP. En fait, plus de 100 variations génétiques – dont un grand nombre sont liées à la régulation du système immunitaire – ont été associées au risque de SP, à la suite d’analyses de l’ADN de personnes atteintes de SP et de sujets témoins semblables, en bonne santé. Toutefois, ces variations génétiques ne représentent qu’une partie des facteurs génétiques de la SP, qui demeurent largement inconnus.

Les résultats d’une étude menée par les Drs Anne Boullerne et Douglas Feinstein et leurs collaborateurs ont été publiés dans la revue American Society of Neurochemistry (ASN) Neuro. Ces travaux, entrepris à la suite d’un simple concours de circonstances, ont permis de déceler un nouveau facteur de risque génétique de la SP. En effet, des chercheurs ont appris l’existence d’une famille de cinq enfants qui avaient la SP ou chez qui on soupçonnait la présence de cette maladie alors que leurs parents n’en étaient pas atteints. Il s’agissait évidemment d’un cas très rare. Les chercheurs ont découvert une variation génétique au sein de cette fratrie, soit un polymorphisme mononucléotidique dans le gène STK11, gène associé à la suppression tumorale, mais également connu pour son rôle dans la régulation des cellules immunitaires et la formation de la gaine de myéline des fibres nerveuses. Ensuite, dans le cadre d’une étude de génétique portant sur diverses populations, l’équipe de chercheurs a tenté de voir si cette variation du gène STK11 était liée au risque de SP.

Description de l’étude

Après avoir cerné la variation particulière du gène STK11, les chercheurs ont analysé des échantillons d’ADN prélevés sur plus de 1 400 personnes – dont 654 personnes présentant une forme cyclique (poussées-rémissions) de SP, 100 personnes ayant une forme progressive primaire de cette maladie et 661 personnes non atteintes de SP (témoins). Ils cherchaient à déterminer si la variation génétique en question était plus fréquente chez les personnes atteintes de SP que chez les témoins. Les échantillons ont été répartis selon le sexe des participants et la forme de SP présentée par ceux qui étaient atteints de la maladie.

Étant donné que les cinq frères et sœurs de la famille en question présentaient des comorbidités (existence de maladies concomitantes) liées au gène STK11, notamment certains types de cancer et des kystes très répandus dans la famille, les chercheurs ont voulu s’assurer que la variation génétique identifiée était bien liée à la SP et non aux comorbidités (cancer, kystes) existantes.

Ils se sont également penchés sur l’association entre la variation du gène STK11 et un autre facteur de risque génétique bien défini – le HLA DRB1*1501 – lors de l’analyse de l’ADN des personnes atteintes de SP et des témoins en santé.

Se basant sur les cotes des patients, établies selon l’échelle de mesure « MS Severity Score » (MSSS), les chercheurs ont effectué des tests pour vérifier si la variation du gène STK11 était un facteur prédicteur du déclenchement et de la gravité de la SP.

Résultats

Les échantillons d’ADN prélevés sur les personnes atteintes de SP et les témoins en santé ont révélé que la variation du gène STK11 était près de deux fois plus fréquente chez les femmes atteintes de SP cyclique que chez les femmes non atteintes de SP. Bien que cette variation semblât également plus répandue chez les femmes présentant une forme progressive primaire de SP que chez les témoins en santé, la différence entre ces groupes n’était pas valide d’un point de vue statistique. Aucun écart significatif n’a été établi non plus entre les patients (hommes et femmes) atteints de SP et les sujets témoins en général quant à la prévalence de la variation du gène STK11.

Par ailleurs, les chercheurs ont découvert que la prévalence de la variation génétique chez les femmes était, de fait, associée à la SP et non liée à la présence d’un nombre accru de comorbidités (cancers ou kystes). Cela dit, aucun lien n’a été constaté entre la variation du gène STK11 et le gène HLA-DRB1*1501, quels que soient le sexe des patients ou la forme de SP qu’ils présentaient.

Il est intéressant de noter que la variation du gène STK11 en tant que tel n’influait pas sur la gravité des troubles neurologiques causés par la SP, même si cette maladie n’était pas aussi grave chez les porteuses de variations des deux gènes, STK11 et HLA-DRB1*1501, que parmi l’ensemble des femmes atteintes de cette maladie.

Commentaires

Les résultats de cette étude indiquent que la variation du gène STK11 compte parmi les facteurs de risque connus les plus importants du déclenchement de la forme cyclique de SP chez les femmes. Ils suggèrent aussi la possibilité de cibler les cellules porteuses de cette variation à l’aide de médicaments. Bien que ces travaux aient permis d’accroître les connaissances sur les facteurs de risque génétiques de la SP et le risque de SP, ils suscitent de nouvelles interrogations. Il est en effet pertinent de se demander pour quelles raisons l’association entre le gène STK11 et le risque de SP était aussi faible chez les personnes présentant une forme progressive primaire de SP, et pourquoi un tel lien n’a pas été constaté chez les hommes. Soulignons que de nombreuses données permettent de croire que la forme progressive primaire de la maladie découle de mécanismes pathologiques différents de ceux de la forme cyclique, ce qui pourrait expliquer les dissemblances entre les facteurs de risque génétiques de ces deux formes de SP. De plus, des différences selon le sexe dans l’intervention d’autres facteurs de risque ont déjà été décelées, mais il faudra poursuivre la recherche afin de trouver pourquoi le STK11 n’est pas associé au risque de SP chez les hommes.

Ces résultats étayent les découvertes faites lors d’études antérieures menées auprès d’animaux selon lesquelles la désactivation de la protéine produite par le gène STK11 entraîne un grave dysfonctionnement du processus de myélinisation, une détérioration des neurones ainsi qu’une aggravation des symptômes semblables à ceux de la SP. Par ailleurs, il demeure difficile d’expliquer pourquoi des variations des gènes STK11 et HLA-DRB1*1501 chez un même sujet augmente le risque de SP, d’une part, et diminue la gravité de cette maladie, d’autre part. Les auteurs de l’étude envisagent de chercher des réponses aux questions posées ici, entre autres, et de définir les fonctions du gène STK11, dans le cadre de futures études en laboratoire, afin que les données issues de ces travaux servent à élaborer des traitements efficaces contre la SP.

Source

BOULLERNE, A. et coll. « A single-nucleotide polymorphism in serine-threonine kinase 11, the gene encoding liver kinase B1, is a risk factor for multiple sclerosis », ASN Neuro, 2015, 7(1)

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