Société canadienne de la sclérose en plaques

Nouvelles récentes sur la recherche en SP

Des chercheurs subventionnés par la Société de la SP explorent la capacité potentielle d’un composé antioxydant de limiter la progression de la maladie chez des souris atteintes d’une affection semblable à la SP

  • Étude canadienne
  • Étude financée par la Société de la SP

Contexte

L’inflammation et la neurodégénérescence sont deux processus caractéristiques de la sclérose en plaques (SP) qui entraînent une détérioration des cellules nerveuses du cerveau, laquelle empêche ces dernières de communiquer entre elles et provoque les symptômes typiques de la SP. Le stress oxydatif est l’un des mécanismes à l’origine de la neurodégénérescence; pour bien des chercheurs, il constitue un marqueur biologique de la SP et de la progression de cette maladie. Il peut endommager la mitochondrie (« centrale énergétique » de toutes les cellules de l’organisme) et, ultimement, causer la dégénérescence des cellules nerveuses. Le tempol est une molécule qui possède des propriétés antioxydantes et dont la capacité à protéger les cellules contre le stress oxydatif a été démontrée lors d’études antérieures qui portaient notamment sur l’hypertension, le diabète et des lésions de la moelle épinière.

La Dre Jacqueline Quandt, de l’Université de la Colombie-Britannique, titulaire d’une subvention de fonctionnement et d’une bourse de perfectionnement Dr Donald Paty de la Société de la SP, et ses collaborateurs ont récemment publié dans la revue Brain, Behaviour and Immunity les résultats d’une étude au cours de laquelle ils ont voulu vérifier si le tempol pouvait retarder l’apparition de l’encéphalomyélite allergique expérimentale (EAE – maladie semblable à la SP) et atténuer la gravité de celle-ci chez des animaux.

Description de l’étude

L’équipe de la Dre Quandt a mis en évidence la nécessité de trouver une option thérapeutique à prise orale qui permettrait de contrer à la fois l’inflammation et la neurodégénérescence. Dans ce but, les chercheurs ont administré du tempol oralement à des souris pendant deux semaines avant de provoquer chez ces animaux une maladie semblable à la SP. Ils ont ensuite comparé ces souris à d’autres qui n’avaient pas reçu de tempol. La première étape de l’étude consistait ainsi à déterminer si le tempol pouvait retarder l’apparition de symptômes de l’EAE.

Lors de la seconde partie de l’étude, les chercheurs ont tenté de savoir si le tempol pouvait avoir un impact sur la progression de la maladie. Pour ce faire, ils ont administré du tempol oralement à un autre groupe de souris sept jours après avoir déclenché chez ces dernières une maladie semblable à la SP.

Lors des deux étapes de l’étude, les chercheurs ont eu recours à deux modèles murins de SP. Les critères d’évaluation consistaient en des mesures de la gravité de la maladie et de l’inflammation. La gravité de la maladie a été évaluée grâce à des signes cliniques (un score de zéro correspondait à « aucune maladie », et un score de cinq, à « mobilité nulle »). L’inflammation a quant à elle été évaluée par le nombre de nouvelles cellules immunitaires nocives dans la moelle épinière.


Résultats

Chez les souris qui ont reçu du tempol durant deux semaines avant que soit déclenchée l’EAE, la maladie s’est manifestée plus tardivement que dans le groupe témoin, et les chercheurs ont observé des symptômes de moindre ampleur. Les souris à qui le tempol a été administré ont obtenu un score de un en moyenne relativement à la gravité de la maladie (c.-à-d. que le seul symptôme visible était une queue tombante). Les souris du groupe témoin ont quant à elles reçu un score de deux ou trois en moyenne, ce qui signifie qu’elles présentaient une faiblesse musculaire de modérée à grave des pattes arrière. Le tempol a par ailleurs permis de réduire l’inflammation puisque les chercheurs n’ont dénombré aucune cellule immunitaire nocive dans la moelle épinière chez près de 40 p. 100 des souris à qui on avait administré ce produit. L’équipe de la Dre Quandt a démontré que, plutôt que de supprimer le système immunitaire comme le font de nombreux médicaments modificateurs de l’évolution de la maladie, le tempol a modifié la réponse immunitaire tout en protégeant les cellules du système nerveux et en contribuant à la réduction des symptômes de l’EAE.

Au cours de la deuxième partie de l’étude, durant laquelle les chercheurs voulaient vérifier si le tempol aurait une incidence sur la progression de la maladie, ces derniers ont obtenu des résultats semblables : (1) gravité moindre de la maladie; (2) nombre réduit de cellules immunitaires dans la moelle épinière.

Commentaires

Cette étude fournit des données probantes quant à la capacité du tempol de retarder l’apparition d’une maladie semblable à la SP et de réduire l’inflammation et la gravité de la maladie chez des souris atteintes d’EAE. L’une des caractéristiques clés du tempol est qu’il peut modifier la réponse immunitaire sans entraîner de suppression cellulaire. L’étude dont il est ici question a par ailleurs mis en lumière le fait que le tempol peut être administré oralement et que celui-ci répond au besoin de trouver davantage de médicaments modificateurs de la maladie efficaces qui présentent des profils d’innocuité et de tolérabilité favorables. Dans une entrevue publiée sur le site du Centre for Brain Health, la Dre Quandt a indiqué que ces résultats, bien qu’ils ne soient que préliminaires, sont prometteurs puisque le tempol contribue à modifier l’activité des cellules immunitaires nocives sans provoquer leur destruction.

Davantage d’études devront être menées pour nous permettre d’en savoir plus sur les bienfaits du tempol chez des animaux atteints d’une maladie semblable à la SP et de fournir des réponses à certaines questions telles que les suivantes : « Quel est le mode d’action du tempol et quelles sont ses cibles moléculaires? Ce produit est-il sans danger? Pourrait-on mettre au point un médicament à partir de ce produit? » L’étude fondamentale qui a été réalisée représente une première étape essentielle, qui devra être suivie d’autres travaux de recherche pour nous permettre de déterminer si le tempol peut constituer une option thérapeutique efficace et sans danger dans le traitement de la sclérose en plaques.

Source:

NEIL, S. et coll. « Oral administration of the nitroxide radical TEMPOL exhibits immunomodulatory and therapeutic properties in multiple sclerosis models », Brain Behav Immun, 2017[Publication en ligne avant impression].