Nouvelles récentes sur la recherche en SP

Des chercheurs subventionnés par la Société de la SP rapportent l’existence d’un lien entre le genre et l’anxiété – et non la dépression – dans le contexte de la SP

  • Étude canadienne
  • Étude financée par la Société de la SP

Contexte

Près de la moitié des personnes atteintes de sclérose en plaques (SP) présenteront un épisode de dépression profonde au cours de leur vie. Les personnes aux prises avec la SP sont aussi trois fois plus susceptibles d’être en proie à de l’anxiété que les gens qui ne sont pas atteints de cette maladie. De vastes études menées auprès de personnes n’ayant pas la SP ont révélé de façon constante des taux d’anxiété et de dépression plus élevés chez les femmes comparativement aux hommes. Comme les femmes ont une plus forte prédisposition à la SP que les hommes, il importe de mieux comprendre le lien entre le genre et la santé mentale dans le contexte de la sclérose en plaques. Notamment, on ignore si les taux plus élevés de dépression et d’anxiété constatés chez les personnes atteintes de SP sont attribuables à la plus forte prévalence de la SP parmi les femmes ou s’ils sont liés à la maladie elle-même. Ces taux élevés pourraient en effet s’expliquer dans le contexte de la SP par des modifications physiologiques touchant le cerveau ou le système immunitaire ou les d’eux.

Sous la direction du Dr Anthony Feinstein, chercheur subventionné par la Société de la SP, des chercheurs du Centre des sciences de la santé Sunnybrook, à Toronto, se sont attaqués à cette question en menant une vaste étude rétrospective dont les résultats ont été publiés dans la revue Multiple Sclerosis Journal. L’objectif de cette équipe de recherche était de comparer les taux de dépression et d’anxiété des femmes et des hommes dans le contexte de la SP.

Description de l’étude

Les chercheurs ont travaillé à partir d’une base de données relatives au comportement dans laquelle avaient été consignés des renseignements sur 711 personnes ayant reçu un diagnostic de SP. Recueillies de 1997 à 2014, ces données portaient notamment sur les symptômes d’anxiété et de dépression, évalués à l’aide de l’échelle HAD (Hospital Anxiety and Depression Scale), soit un outil permettant de dépister les troubles anxieux et dépressifs en milieu hospitalier. Les chercheurs ont comparé les taux et les niveaux d’anxiété et de dépression des femmes et des hommes.

L’échelle HAD repose sur un questionnaire de base qui comporte sept questions relatives à l’anxiété et sept autres portant sur la dépression. À chaque question doit être attribuée une note allant de 0 (faible) à 3 (élevé), ce qui fait un score global ne pouvant pas dépasser 21 par sujet. On parle d’anxiété ou de dépression cliniquement établie lorsqu’une personne obtient un score égal ou supérieur à 8.

Résultats

Les chercheurs ont constaté que, parmi les sujets ayant la SP, les femmes présentaient des scores globaux d’anxiété supérieurs à ceux des hommes et qu’elles étaient plus souvent anxieuses d’un point de vue clinique (score égal ou supérieur à 8 selon l’échelle HAD) que ces derniers. Toutefois, aucune différence n’a été constatée relativement à la fréquence et à la gravité des symptômes de dépression entre les hommes et les femmes ayant la SP.

Commentaires

Les résultats de cette étude démontrent que, parmi les personnes qui ont la SP, le genre peut avoir une incidence sur les taux et les niveaux d’anxiété, mais pas sur la dépression. Les chercheurs ont constaté des taux d’anxiété plus élevés chez les femmes que chez les hommes, mais les données dont ils disposaient sur la dépression n’ont pas révélé de différence entre les hommes et les femmes. Comme les chercheurs l’ont souligné, ces résultats laissent supposer que, chez les personnes atteintes de SP, les facteurs contribuant à la survenue de l’anxiété diffèrent de ceux qui favorisent la dépression, et que les facteurs à l’origine de la dépression chez les personnes aux prises avec la SP se distinguent des facteurs qui sous-tendent l’apparition de la dépression parmi la population en général (au sein de laquelle on constate de plus forts taux de dépression parmi les femmes comparativement aux hommes).

Les auteurs de l’étude suggèrent par ailleurs que les taux élevés de dépression ainsi observés chez les personnes aux prises avec la SP ne peuvent pas simplement s’expliquer par l’incidence du genre sur les données démographiques au sujet de cette maladie. Ils supposent plutôt que les taux accrus de dépression parmi les gens atteints de SP, comparativement à la population en général, pourraient être liés à des changements touchant le cerveau ou le système immunitaire, ou les d’eux, et ce, indépendamment du genre. Il s’agit en fait d’une hypothèse étayée modifications survenant dans le cerveau consisteraient notamment en l’apparition de nouvelles lésions, la variation de la taille des lésions existantes, un changement de la répartition des lésions ainsi que l’atrophie (rétrécissement) du cerveau. Parmi les changements pouvant toucher le système immunitaire, mentionnons une augmentation des taux de diverses molécules pro-inflammatoires associées à une hyperactivité du système immunitaire.

Comme on constate souvent des différences liées au genre dans le contexte la SP, il importe de comprendre pourquoi certains symptômes courants de cette maladie se manifestent différemment ou de la même façon chez les hommes et les femmes. En améliorant ainsi notre compréhension de la SP, nous serions davantage en mesure d’élaborer des stratégies thérapeutiques individualisées et de traiter efficacement cette maladie sur le plan clinique.

Source

THÉAUDIN, M. et coll. « In multiple sclerosis anxiety, not depression, is related to gender », Multiple Sclerosis Journal, 2015, DOI: 10.1177/1352458515588582.

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