Nouvelles récentes sur la recherche en SP

La Fondation pour la recherche scientifique sur la SP finance une nouvelle étude coopérative qui portera sur l’incidence des microbes intestinaux sur la SP chez l’enfant et l’adolescent

  • Étude canadienne
  • Étude financée par la Société de la SP

Contexte

Le riche écosystème bactérien résidant dans notre intestin – également désigné comme microbiote intestinal – s’est perfectionné au fur et à mesure qu’évoluait l’espèce humaine, permettant ainsi à notre organisme de décomposer efficacement les aliments que nous ingérons et d’absorber l’énergie et les nutriments issus de ce processus. Outre son rôle dans la digestion, le microbiote intestinal a une incidence considérable sur la santé et l’apparition des maladies, ce qui a incité des chercheurs à établir un lien entre cet écosystème microbien et la sclérose en plaques. Le microbiote intestinal contribue à « calibrer » le système immunitaire; un volume croissant de données probantes suggère qu’un déséquilibre de la flore intestinale pourrait modifier le comportement des cellules immunitaires et ainsi déclencher l’inflammation, ce qui mènerait à l’apparition de la SP chez les personnes génétiquement prédisposées à cette maladie.

Des travaux de recherche récents ont révélé que la composition du microbiote intestinal des personnes atteintes de SP se trouve considérablement modifiée en comparaison de celles qui n’ont pas la SP. Toutefois, il reste encore à déterminer comment les changements subis par la flore intestinale pourraient mener à l’apparition de la SP. Il est maintenant particulièrement urgent d’étudier la composition du microbiote intestinal chez les enfants qui ont la SP dans la mesure où on pense que celui-ci joue un rôle fondamental dans le développement du système immunitaire durant l’enfance.

Une nouvelle étude coopérative destinée à pallier notre manque de connaissances dans ce domaine a récemment été lancée. Dirigée par la Dre Helen Tremlett (Université de Colombie-Britannique) et subventionnée par la Fondation pour la recherche scientifique sur la SP, cette étude consistera à explorer le rôle du microbiote intestinal chez les enfants atteints de SP. Elle sera menée en complémentarité avec la vaste étude coopérative multicentrique sur la SP pédiatrique, entreprise dernièrement par la Dre Brenda Banwell (Hôpital pour enfants malades de Toronto et Children’s Hospital of Philadelphia), qui dirige le Réseau canadien pour les maladies démyélinisantes pédiatriques. L’étude de la Dre Tremlett s’appuiera également sur une cohorte de sujets suivis aux États-Unis dans des centres de SP pédiatrique regroupés en un réseau baptisé Network of Pediatric MS Centers (NPMSC) et dirigé par la Dre Emmanuelle Waubant (Université de Californie à San Francisco). Cet extraordinaire travail de collaboration mené par la Dre Tremlett, le Réseau canadien pour les maladies démyélinisantes pédiatriques et les établissements membres du réseau états-unien NPMSC contribuera à la réalisation de progrès majeurs dans la recherche sur la SP, soit des avancées dont bénéficieront ultimement les enfants et les adultes aux prises avec la SP.

Description de l’étude

Dans le cadre de leur étude intitulée « From bugs to brains: the gut microbiome in paediatric multiple sclerosis » (Des microbes aux neurones : exploration du microbiote intestinal dans le contexte de la SP pédiatrique), la Dre Tremlett et son équipe poursuivront principalement les quatre objectifs suivants :

  • Constituer une banque d’échantillons de selles provenant d’enfants et d’adolescents suivis dans le cadre de l’étude multicentrique sur la SP pédiatrique et créer une biobanque d’échantillons de microbiote intestinal ainsi qu’une base de données sur ce type d’écosystème auxquels d’autres chercheurs auront également accès ultérieurement.
  • Répertorier la composition et la diversité des bactéries (microbiome) et des virus (virome) présents chez les jeunes atteints de SP qui n’ont pas encore reçu de traitement immunomodulateur, comparativement au microbiome de jeunes n’ayant pas la SP. Il s’agira aussi d’explorer l’incidence de certains facteurs – tels l’alimentation, la génétique et le taux de vitamine D – sur la composition du microbiote intestinal.
  • Suivant une méthode informatique avancée, déterminer comment les communautés microbiennes de l’intestin se comportent par rapport à l’organisme (p. ex. découvrir ce dont elles sont capables chez les jeunes atteints de SP). Cette démarche permettra de définir les gènes exprimés par les microbes prenant part à certaines voies métaboliques ainsi que d’établir des liens entre ces gènes et les caractéristiques du système immunitaire impliquées dans la physiopathologie de la SP.
  • Établir la chronologie de l’activité du microbiote intestinal et de celle de la maladie (y compris l’apparition des poussées et des lésions cérébrales) en vue de savoir si certains des changements intervenant dans le microbiote intestinal des jeunes atteints de SP sont à l’origine de la maladie ou résultent de celle-ci.

Méthodes

Pour atteindre ses objectifs, l’équipe de recherche procédera à la collecte, au stockage et à l’analyse d’échantillons de selles (se donnant ainsi les moyens d’étudier les nombreuses communautés bactériennes résidant dans l’intestin) provenant de sujets suivis dans le cadre de l’étude coopérative canadienne consacrée à la SP progressive, y compris 40 jeunes chez qui la survenue de la SP est récente, 84 sujets ayant reçu un diagnostic certain de SP et 120 témoins non atteints de SP. Seront également collectés et analysés des échantillons de selles issus de sujets suivis aux États-Unis par l’entremise du réseau NPMSC, soit 75 jeunes vivant avec la SP et autant de témoins n’ayant pas la SP.

L’étude en question réunira des experts issus de diverses disciplines, à savoir des spécialistes du microbiome, des biobanques et de l’analyse computationnelle, ainsi que des chercheurs en santé des populations et des spécialistes de la SP pédiatrique. À l’aide de méthodes informatiques avancées et de modèles statistiques complexes, les chercheurs s’emploieront à décrire le profil génétique des microbes intestinaux et à établir des liens entre, d’une part, les caractéristiques génétiques ainsi relevées et, d’autre part, divers aspects clés de la SP pédiatrique tels que les éléments déclencheurs de la SP ou les facteurs favorisant l’apparition de celle-ci.

Commentaires

L’étude du microbiote intestinal chez les enfants et les adolescents atteints de SP constitue une perspective cruciale pour les chercheurs dont le but est d’explorer la SP à ses tout premiers stades. Comme l’exposition cumulative à certains facteurs liés à l’environnement et au mode de vie – comme l’alimentation et les infections – est généralement moindre chez les enfants comparativement aux adultes, l’étude de la Dre Tremlett procure une occasion unique de cerner les éventuels déclencheurs de la SP. Par ailleurs, la détermination des facteurs responsables de la maladie ou favorisant sa survenue pourrait s’avérer bénéfique pour toutes les personnes atteintes de SP ou prédisposées à cette maladie. Ce qui distingue cette étude est le fait que la Dre Tremlett et ses collaborateurs seront amenés à exploiter la quantité considérable de données et de connaissances issues des travaux menés auprès d’une vaste cohorte de sujets par l’entremise du Réseau canadien pour les maladies démyélinisantes pédiatriques, lequel figure parmi les initiatives les plus importantes en matière de recherche sur la SP pédiatrique à l’échelle internationale.

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