Nouvelles récentes sur la recherche en SP

Le Del-1, gardien interdisant l’entrée de cellules inflammatoires nocives dans le système nerveux central, pourrait jouer un rôle important dans le contexte de la SP

Contexte

L’inflammation du système nerveux central (SNC) causée par la sclérose en plaques (SP) provoque la détérioration de la gaine de myéline qui entoure les fibres nerveuses. Il en résulte une dégradation des communications entre les nerfs, ce qui entraîne toutes sortes de symptômes. La barrière hémato-encéphalique fait habituellement office de barrage interdisant l’entrée des cellules et des molécules inflammatoires nocives dans le SNC. Une molécule en particulier, soit la cytokine appelée interleukine-17 (IL-17), peut promouvoir une forte réaction inflammatoire lorsqu’elle s’infiltre dans le SNC. L’invasion indésirable du cerveau par l’IL-17 et d’autres facteurs immunitaires a été cernée comme l’une des principales étapes du déclenchement de la SP.

Au cours d’une étude dont les résultats ont été publiés ce mois-ci dans la revue Molecular Psychiatry, des chercheurs se sont penchés sur la capacité potentielle d’un facteur anti-inflammatoire, le Del-1 (developmental endothelial locus-1), d’empêcher certaines cellules inflammatoires de pénétrer dans le SNC et d’y détériorer les tissus. Lors une étude précédente, cette équipe avait montré que le Del-1 peut prévenir la parodontite – maladie inflammatoire associée au vieillissement – en contrant l’action de molécules inflammatoires comme l’IL-17. Ces résultats ont amené les chercheurs à supposer que le Del‑1 pouvait aussi s’avérer efficace contre l’inflammation néfaste observée dans le contexte de la SP.

Étude

Dans le cadre de cette étude sérieuse, les auteurs ont évalué les effets du Del-1 sur l’inflammation et le degré de gravité de la maladie chez des souris atteintes d’une maladie semblable à la SP. Plus précisément, ils voulaient voir si une faible concentration de Del-1 et une réduction subséquente de l’activité de cette molécule étaient associées à la SP.

Afin de déterminer si un lien existe entre le Del-1 et la SP, les chercheurs ont commencé par mesurer le taux de Del-1 dans la moelle épinière des souris atteintes d’une maladie semblable à la SP et ont comparé ce taux à celui de souris saines. Puis, ils ont soumis des souris à une invalidation génétique (en l’occurrence la suppression du Del-1 de leur organisme) et ont comparé ces souris aux autres membres de la portée dotés d’un gène Del-1 fonctionnel. Pour évaluer les changements dans la gravité de la maladie, les chercheurs ont mesuré l’étendue de la démyélinisation (détérioration de la gaine de myéline) et de l’altération des fibres nerveuses. Ils ont également évalué les effets sur l’inflammation de l’absence de Del-1, y compris les concentrations d’IL-17, la dégradation de la barrière hémato-encéphalique (BHE) et l’infiltration de cellules immunitaires dans le SNC. En définitive, ils voulaient voir si l’injection de Del-1 pouvait réduire les poussées de la maladie murine chez les souris qui présentaient des symptômes similaires à ceux d’une forme cyclique de SP.

Résultats

Les auteurs de l’étude ont découvert que la quantité de Del-1 dans le SNC était abaissée significativement chez les souris atteintes d’une maladie semblable à la SP comparativement aux souris saines, ce qui donne à penser qu’une diminution de Del-1 peut être associée à la SP. Lorsqu’on a invalidé le Del-1, la SP et l’inflammation se sont aggravées : accroissement des lésions neuronales, augmentation de l’IL-17, dégradation de la barrière hémato-encéphalique et pénétration incontrôlée de cellules immunitaires dans le SNC. Ces observations révèlent que le Del-1 est un facteur de protection contre l’inflammation désastreuse dans le contexte d’une maladie semblable à la SP. Pour aller plus loin dans la vérification de leur hypothèse, les chercheurs ont injecté du Del-1 aux souris atteintes d’une maladie semblable à la SP, ce qui a permis d’atténuer les symptômes de celle-ci chez ces animaux.

Commentaires

À l’heure actuelle, il existe un seul traitement contre la SP (Tysabri) capable d’empêcher les cellules immunitaires nocives de pénétrer dans le SNC par l’action d’anticorps bloquant l’interaction entre ces cellules et la barrière hémato-encéphalique. Les résultats de l’étude dont il est question ici viennent enrichir les connaissances dans le domaine et confirment les propriétés anti-inflammatoires du Del-1, qui empêche les cellules immunitaires nocives de s’infiltrer dans le SNC. Cette étude montre aussi que le dysfonctionnement du Del-1 peut s’avérer un facteur de risque de SP et que la réintroduction de Del-1 chez les souris atteintes d’une maladie semblable à la SP peut prévenir d’autres poussées de la maladie. Ces données peuvent ouvrir la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques contre la SP.

Source

CHOI, E. Y. et coll. « Developmental endothelial locus-1 is a homeostatic factor in the central nervous system limiting neuroinflammation and demyelination », Mol Psychiatry, 2014 [publié en ligne avant impression].

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