Nouvelles récentes sur la recherche en SP

Selon une étude réalisée avec des modèles murins de SP, la clomipramine pourrait constituer un médicament prometteur contre la SP progressive

  • Étude canadienne
Contexte : l’efficacité des futurs traitements contre la SP progressive dépendra de la capacité de ces derniers à cibler la pathophysiologie des formes progressives de la SP

Les leviers ou mécanismes qui entraînent la formation de lésions chez les sujets atteints de SP progressive diffèrent de ceux qui sont en cause dans le contexte de la SP cyclique (poussées-rémissions), raison pour laquelle des approches distinctes doivent être adoptées en vue de la découverte de nouveaux médicaments. La SP progressive se distingue par les caractéristiques suivantes : une détérioration des mitochondries (« centrales énergétiques » des cellules); une neurotoxicité cumulative liée au fer et ayant pour effet un stress oxydatif ou la formation de lésions dans le cerveau; une hyperactivité des cellules immunitaires; le maintien de l’intégralité de la barrière hémato-encéphalique (BHE). Pour pénétrer dans le cerveau, les médicaments destinés à traiter la SP progressive devront traverser la BHE, et leur efficacité dépendra de leur capacité à agir sur l’ensemble de ces caractéristiques.

Dans le cadre de travaux dont il a été question récemment dans la revue Nature Communications, une équipe de chercheurs, dirigée par le Dr Simon Faissner, s’est employée à étudier des médicaments génériques en vue de déterminer la capacité de ceux-ci à cibler les processus pathologiques associés à la SP progressive. Ont également participé à ces travaux deux chercheurs subventionnés par la Société de la SP, à savoir la Dre Luanne Metz, neurologue, et le Dr V. Wee Yong.

Description de l’étude : détermination du potentiel de médicaments génériques au chapitre du traitement de la SP progressive

L’étude en question a porté sur un vaste ensemble de médicaments génériques issus de l’un des répertoires de médicaments tenus aux États-Unis par le National Institute of Neurological Disorders and Stroke (NINDS). Tous les composés ainsi étudiés ont déjà été homologués pour le traitement de maladies autres que la SP et peuvent donc être utilisés sans risque chez l’humain. Les auteurs de l’étude ont tenté de déterminer lesquels de ces médicaments avaient la capacité de pénétrer dans le système nerveux central, d’empêcher la détérioration des cellules nerveuses causée par le fer et de limiter l’atteinte subie par les mitochondries. L’objectif des chercheurs était de découvrir quels médicaments génériques pouvaient faire l’objet d’une nouvelle indication pour le traitement de la SP progressive.

Résultats : la clomipramine désignée comme candidat thérapeutique prometteur pour le traitement de la SP progressive

Parmi les 1 040 composés tirés du répertoire du NINDS, l’équipe de chercheurs a sélectionné 249 médicaments administrables par voie orale et capables de traverser la BHE. De ces 249 composés, 35 candidats ont été retenus sur la base de leur capacité à prévenir la toxicité liée au fer, laquelle figure parmi les caractéristiques de la SP progressive. Les chercheurs ont ensuite poursuivi leur sélection en vue de déterminer lesquels de ces 35 médicaments permettraient de limiter la prolifération excessive des cellules T ainsi que de prévenir la neurotoxicité et la détérioration des mitochondries.

En plus de se pencher sur ces propriétés, les chercheurs ont évalué les effets secondaires et le profil de tolérabilité de chacun des médicaments candidats pour finalement n’en retenir qu’un seul, soit la clomipramine. Par la suite, en ayant recours à deux différents modèles animaux de SP, les chercheurs ont pu constater que cet antidépresseur homologué au Canada avait pour effet d’atténuer des signes cliniques propres à la SP, ce qui suggère que la clomipramine pourrait constituer une option thérapeutique prometteuse pour le traitement de la SP progressive.

Commentaires

Dans l’ensemble, les sélections auxquelles l’équipe de chercheurs a procédé ont permis à ces derniers de cerner plusieurs composés génériques qui pourraient exercer une action neuroprotectrice dans le contexte de la SP. La clomipramine, quant à elle, s’est révélée particulièrement intéressante en raison de son potentiel relativement à tous les facteurs impliqués dans les processus pathologiques associés à la SP progressive. Cependant, les chercheurs ont souligné certaines limites que présentait leur approche. En effet, la série de tests qu’ils ont menée sur les différents composés à l’étude en vue d’évaluer l’effet de ces derniers sur l’ensemble des facteurs ciblés (allant de la neurotoxicité liée au fer à l’hyperactivité des cellules T) ne permettait pas de refléter la pathophysiologie principalement en cause dans le contexte de la SP progressive. Par ailleurs, s’ils avaient procédé aux mêmes tests dans un ordre différent, les chercheurs auraient pu être amenés à retenir d’autres composés. De plus, aucun des modèles animaux de SP dont on dispose actuellement ne reproduit l’ensemble des caractéristiques de la SP progressive. Par conséquent, les effets des médicaments à l’étude sur les deux modèles animaux utilisés par l’équipe de recherche pourraient différer de ceux que ces mêmes composés auraient chez l’humain.

Les personnes aux prises avec la SP progressive doivent pouvoir compter sur des options thérapeutiques améliorées. C’est pour cette raison que la Société de la SP continue d’accorder une priorité absolue au financement de la recherche visant à dévoiler la nature des formes progressives de la SP et consistant, en définitive, à trouver des traitements capables de ralentir l’accumulation des incapacités et de réparer les lésions du système nerveux.

Référence

FAISSNER, S. et coll. « Systematic screening of generic drugs for progressive multiple sclerosis identifies clomipramine as a promising therapeutic », Nat Commun, 2017;8(1): 1990.

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