Nouvelles récentes sur la recherche en SP

Une analyse génétique sophistiquée révèle qu’un faible taux de vitamine D accroît la vulnérabilité à la SP

Contexte

La majorité des études qui visent à établir si l’exposition à certains facteurs liés à l’environnement contribue à l’apparition de la sclérose en plaques et à expliquer pourquoi il en serait ainsi sont souvent mises à mal par des biais de confusion ou de causalité inversée. Parmi les facteurs environnementaux souvent mis en cause figure une carence en vitamine D. Or, la probabilité de biais de confusion est à prendre en considération du fait que la SP pourrait ne pas être causée par une carence en vitamine D, ni même être liée à un faible taux de cette vitamine. En effet, un autre facteur non pris en considération pourrait être associé à une telle déficience et influer sur le risque de SP. Doit également être envisagée la possibilité de biais de causalité inversée, car les personnes atteintes de SP passent peut-être moins de temps à l’extérieur que la moyenne des gens ou sont exposées à d’autres conditions qui contribueraient à réduire leur taux de vitamine D. Au lieu de participer à l’apparition de la SP, cette carence en vitamine D pourrait donc résulter de la maladie.

Dans le cadre d’une étude dont les résultats ont été publiés récemment dans la revue en ligne PLOS Medicine, le Dr Brent Richards, de l’Université McGill, et une équipe de chercheurs ont fait appel à une méthode avancée baptisée « randomisation mendélienne » pour déterminer si de faibles taux de vitamine D augmentaient le risque de SP. La randomisation mendélienne est fondée sur le principe voulant que l’enfant hérite de façon aléatoire des gènes de ses deux parents au tout premier stade du développement et que, par conséquent, les gènes d’une personne ne subissent pas l’influence de facteurs externes ou de maladies. Cette approche se compare à celle des essais à répartition aléatoire, dans le cadre desquels le traitement à l’étude est assigné de façon aléatoire à un groupe de participants, ce qui permet d’éviter les biais de confusion ou de causalité inversée. En permettant de cerner les gènes liés à certains facteurs de risque – tel un faible taux de vitamine D – et de déterminer les taux d’expression de ces gènes chez les personnes atteintes de SP, la randomisation mendélienne peut procurer de solides raisons de croire que l’exposition à ces facteurs augmente le risque de SP.

Description de l’étude

Après avoir décelé un certain nombre de séquences génétiques fortement associées à la vitamine D, les chercheurs ont examiné des données relatives à ces mêmes séquences, issues d’une étude menée par un consortium international de chercheurs cliniciens et d’experts en génomique (International Multiple Sclerosis Genetics Consortium), soit une étude d’association pangénomique portant sur une cohorte de 14 498 personnes atteintes de SP et de 24 091 sujets sains (toutes ces personnes étaient d’origine européenne). En explorant les résultats de cette étude internationale, le Dr Richards et ses collaborateurs ont constaté une forte association entre de faibles taux de vitamine D établis selon des critères génétiques et une vulnérabilité accrue à la SP. La méthode fondée sur la randomisation mendélienne utilisée par l’équipe du Dr Richards a permis l’élimination des biais de confusion et de causalité inversée, ce qui signifie que les observations de ces chercheurs relatives aux effets d’une carence en vitamine D sont exemptes de biais liés à des facteurs tels que l’obésité ou un quelconque problème de santé. Cependant, les chercheurs ont souligné certaines limites que présentait leur étude (notamment en ce qui concerne la pléiotropie, soit, dans le cas présent, l’effet exercé par les gènes sur des voies sans lien avec la vitamine D). Ils n’ont pas non plus cherché à déterminer si une carence en vitamine D peut influer sur l’évolution ou la gravité de la SP.

Commentaires

Les résultats de l’étude menée par le Dr Richards et son équipe démontrent de façon convaincante que de faibles taux de vitamine D augmentent le risque de SP. De plus, ces résultats justifient la poursuite de travaux de recherche visant à déterminer si le fait d’augmenter les taux de vitamine D (par la prise de suppléments, une alimentation adaptée ou une exposition accrue aux rayons du soleil) pourrait réduire la vulnérabilité à la SP. La désignation de la vitamine D comme facteur causal de la SP pourrait également avoir un impact non négligeable au chapitre de la santé publique au pays, du fait que nombre de Canadiens présentent une carence en vitamine D et que la prise de suppléments en vitamine D est généralement sans danger et peu coûteuse. En outre, l’implication d’une telle carence dans l’apparition de la SP justifie qu’on s’assure que les membres de la famille d’une personne atteinte de cette maladie fassent l’objet d’un suivi portant sur leur taux de vitamine D. Les observations du Dr Richards et de ses collaborateurs revêtent une importance particulière pour les habitants de pays situés à une latitude éloignée de l’équateur comme le Canada, où l’exposition aux rayons du soleil en hiver est insuffisante pour permettre la production de vitamine D par l’organisme.

Source

MOKRY, L. E. et coll. « Vitamin D and Risk of Multiple Sclerosis: A Mendelian Randomization Study », PLOS Medicine, 2015. Diffusion en ligne avant impression. DOI:10.1016/jexpneurol.2015.05.017.

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