Une étude financée par la Société de la SP a permis d’identifier une molécule probablement capable d’empêcher la remyélinisation

Contexte

Les cellules du cerveau transmettent l’influx nerveux par l’entremise des axones (ou fibres nerveuses), longs prolongements neuronaux entourés d’une substance appelée myéline. La myéline protège les cellules du cerveau et favorise leur intercommunication. De leur côté, dans le contexte de la SP, les cellules immunitaires, censées défendre l’organisme contre les envahisseurs, traversent la barrière protectrice du cerveau et s’attaquent à la myéline. Le cerveau tente alors de réparer lui-même les dégâts en enclenchant un processus dit de remyélinisation ou de réparation de la myéline, observé fréquemment aux stades précoces de la SP.  

Par ailleurs, les oligodendrocytes sont des cellules productrices de myéline. Elles se présentent au départ sous forme de progéniteurs (appelés précurseurs des oligodendrocytes – PO). Lorsque la myéline est détériorée, ces cellules non matures se rendent sur le site des lésions, où elles atteignent leur pleine maturité avant de pouvoir former une nouvelle couche de myéline. À mesure que la SP évolue, le processus de remyélinisation faiblit et les cellules dégénèrent progressivement, puis meurent. Ce processus porte le nom de neurodégénérescence. Ce phénomène aboutirait, croit-on, à l’accumulation graduelle des incapacités et, ultimement, à l’installation de la forme progressive de SP.

La nétrine-1 participe à la formation du système nerveux central (SNC) et joue un rôle important dans la réparation du tissu nerveux. Cette protéine a été repérée dernièrement dans des lésions de SP, ce qui donne à penser que sa présence pourrait avoir un impact notable sur le processus de remyélinisation, en influant notamment sur l’activité des PO. Cette observation justifiait la poursuite des études sur la nétrine-1. Les résultats de l’une d’elles ont d’ailleurs été publiés en ligne dans la revue intitulée Annals of Neurology.

Description de l’étude

L’étude, financée en partie par la Société canadienne de la SP (SCSP), a été menée par la Dre Catherine Lubetzki, de France, en collaboration avec le Dr Tim Kennedy, chercheur subventionné par la SCSP, et son équipe. Elle comprenait une série d’expérimentations sur des cellules, des tissus animaux et des tissus humains. Les chercheurs ont pu ainsi constater la présence de la nétrine-1 dans des lésions de SP et comprendre les mécanismes par lesquels cette protéine influe sur la capacité des PO à réparer la myéline.

Résultats

À l’examen des tissus humains, les chercheurs ont remarqué une concentration marquée de la nétrine-1 dans les lésions de SP, liée à l’action des astrocytes. Par la suite, certaines analyses ont révélé que les PO présentaient à leur surface des molécules, appelées récepteurs, qui peuvent se lier à la nétrine-1, ce qui permettrait à cette dernière d’interagir avec les PO et d’en réguler directement le comportement.

Les expérimentations sur des cellules et des tissus animaux ont donné à peu près les mêmes résultats, mais, fait intéressant, elles ont montré que la présence de la nétrine-1 empêchait les PO d’approcher des lésions, entravant ainsi le processus de remyélinisation. Au moyen de techniques de pointe, les chercheurs ont réussi à inhiber l’activité de la nétrine-1, parvenant ainsi à renverser l’effet de cette protéine et permettant aux PO de migrer vers les lésions de SP.

Ces observations laissent supposer l’existence d’une entrave à la remyélinisation dans le contexte de la SP. Des épisodes répétés de détérioration de la myéline pourraient entraîner une diminution du nombre de PO dans les lésions. Provoquée par la nétrine-1, cette diminution pourrait en venir à freiner le processus de remyélinisation.

Commentaires

Les médicaments modificateurs de l'évolution de la SP ciblent certains constituants du système immunitaire supposés à l’origine de la détérioration de la myéline. Cela dit, le processus de réparation de la myéline par le système nerveux central demeure quelque peu obscur. Ce processus est pourtant crucial et doit être entamé en temps opportun; en effet, pour en assurer le succès, les cellules doivent être recrutées au bon endroit, au bon moment, et la myéline doit être reconstituée suffisamment tôt. Lorsque nous saurons quelles molécules favorisent ou contrecarrent ces étapes, nous serons mieux en mesure d’élaborer des traitements capables de stimuler le processus de remyélinisation.

Cette étude montre que la nétrine-1 empêche les PO d’atteindre les lésions de SP, empêchant ainsi la réparation de la myéline. Ses résultats remarquables font de la nétrine-1 une cible thérapeutique potentielle pour la SP. La mise au point de traitements capables d’activer le processus de réparation de la myéline permettra de réduire considérablement l’accumulation des incapacités qui aboutit souvent à l’apparition de la forme progressive de SP. 

Source

TEPAVČEVIČ, V. et coll. « Early netrin-1 expression impairs central nervous system remyelination », Annals of Neurology, 2014 June 18 [publié en ligne avant l’impression].