Nouvelles récentes sur la recherche en SP

Une petite molécule impliquée dans la remyélinisation pourrait servir de biomarqueur de la progression de la SP et de l’incapacité liée à cette maladie

Contexte

La sclérose en plaques est caractérisée par deux phénomènes distincts : la démyélinisation (déperdition de myéline), qui prédomine dans la forme cyclique (poussées-rémissions) de la maladie, et la neurodégénérescence (détérioration ou destruction des cellules nerveuses) qui, même si elle est observée au premier stade de la SP, se fait plus prédominante au cours de la phase progressive de la maladie.

Les immunoglobulines d’adhérence cellulaire neurorégénératrices (N-CAM) sont connues pour leur rôle crucial dans la réparation des lésions du système nerveux central, et leur dysfonctionnement a été associé à des anomalies de la myélinisation et à l’aggravation de l’incapacité dans le contexte de la SP. Cependant, le mode de régulation des N-CAM au cours des divers stades de la SP demeure obscur.

Les molécules appelées microARN (miARN)-572 ciblent les N-CAM et en dérèglent la fonction. Chez les personnes qui vivent avec la SP, on a observé un défaut de régulation des miRNA-572 circulant dans le sang. Cette observation est à l’origine de l’hypothèse voulant que l’effet nocif des miRNA-572 sur les N-CAM puisse empêcher l’organisme de régénérer ou de réparer le tissu nerveux.  Des chercheurs de la Fondation Don C. Gnocchi et de l’Université de Milan, en Italie, ont mesuré les niveaux de miARN-572 chez des personnes vivant avec la SP, dans le but de voir si ces niveaux correspondaient aux stades d’évolution et aux caractéristiques cliniques de la maladie. Les résultats de leur étude ont été publiés dans la revue Journal of Translational Medicine.

Description de l’étude

Les chercheurs ont évalué la quantité de miARN-572 présents dans le sang de 62 personnes atteintes de SP et de 15 volontaires non atteints de cette maladie (groupe témoin). Parmi les participants atteints de SP, 31 présentaient une forme cyclique (poussées-rémissions); 15, une forme progressive secondaire; et 16, une forme progressive primaire. Une étude comparative des niveaux de miARN-572 a ensuite été effectuée auprès de l’ensemble des participants, ainsi qu’entre les trois groupes de personnes touchées par la SP.

Les chercheurs ont ensuite comparé les concentrations de miARN-572 au degré d’incapacité (mesuré selon l’Échelle élaborée d’incapacité) des participants atteints de SP.

Résultats

Dans les groupes de personnes atteintes de SP, les niveaux sanguins de miARN-572 étaient le plus élevés chez celles qui présentaient une forme progressive secondaire ou une forme cyclique durant les poussées de SP, alors qu’ils étaient le plus faibles chez les personnes qui présentaient une forme progressive primaire ou une forme cyclique durant les périodes de rémission. Les chercheurs ont également établi un lien entre les niveaux de miARN-572 et le degré d’incapacité chez les participants atteints de SP, en général : ceux qui présentaient les concentrations sanguines les plus élevées de miARN-572 avaient tendance à être plus handicapés que les autres. Globalement, les niveaux sanguins de miARN-572 étaient moins élevés chez les personnes qui vivaient avec la SP que chez les participants non atteints de cette maladie.

Commentaires

Cette étude révèle l’utilité potentielle des miARN-572 en tant que biomarqueurs non effractifs permettant de déterminer les divers stades de la SP et de jauger le degré de remyélinisation associé à ces stades. En mesurant les niveaux sanguins de miARN-572, les chercheurs ont été en mesure d’établir des différences entre la forme progressive secondaire (niveaux élevés) et la forme progressive primaire (niveaux faibles) de la SP ainsi qu’entre les deux phases de la forme cyclique – poussées (niveaux élevés), rémissions (niveaux faibles). Par ailleurs, les chercheurs ont noté des niveaux sanguins de miARN-572 plus élevés chez les participants non atteints de SP que chez les personnes atteintes de SP, ce qui constitue une donnée pour le moins surprenante, étant donné que des niveaux sanguins faibles de miARN 572 ont été associés à des périodes de rémission.

L’équipe prévoit par ailleurs que les miARN-572 bloqueront la production des protéines neurorégénératrices N-CAM, car à mesure que la quantité de miARN-572 augmente, l’activité des N-CAM diminue. Par conséquent, une faible quantité de miARN-572 circulants devrait correspondre à un accroissement de la régénération et de la réparation des lésions du cerveau et de la moelle épinière, processus générés par les N-CAM.

Quoique préliminaires, ces travaux devraient aboutir à une meilleure compréhension des mécanismes par lesquels des molécules neurorégénératrices comme les N-CAM peuvent être régulés par de petites molécules circulantes, soit les microARN, dans le contexte de la SP. Les auteurs proposent que les études à venir dans ce domaine portent, d’une part, sur la validation expérimentale des interactions entre les N-CAM et les miARN-572 et de la modulation des premières par les secondes et, d’autre part, sur la confirmation de leurs premières observations auprès d’un groupe élargi de participants.

Source

MANCUSO, R. et coll. « MicroRNA-572 expression in multiple sclerosis patients with different patterns of clinical progression », Journal of Translational Medicine, 2015. 13:148.

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