Société canadienne de la sclérose en plaques

Cellules souches

Les cellules souches sont des cellules capables de se différencier en des cellules spécialisées destinées à remplir des fonctions spécifiques. Elles ont aussi la capacité de produire des répliques d’elles-mêmes. Il existe deux grands types de cellules souches : les cellules souches embryonnaires et les cellules souches adultes. Les premières sont celles qu’on trouve dans les tissus d’embryons en développement et qui peuvent donner naissance à la plupart des lignées de cellules constituant un organisme. Les capacités extraordinaires de différenciation des cellules souches embryonnaires s’avèrent fort utiles en ce qui a trait à la cicatrisation et à la régénération des tissus, mais le débat dont fait l’objet leur utilisation se poursuit. Les cellules souches adultes, quant à elles, se trouvent dans des tissus et des organes adultes, tels la moelle osseuse, la peau, le sang et le cerveau. Leurs capacités de différenciation étant plus limitées que celles des cellules souches embryonnaires, elles ne peuvent se multiplier en autant de types de cellules que ces dernières.nt

Les propriétés uniques des cellules souches font de l’utilisation de celles-ci une voie prometteuse en matière de traitements visant à atténuer l’activité de la SP et à régénérer les tissus du système nerveux central endommagés par celle-ci. Aucun traitement contre la SP faisant appel aux cellules souches n’a encore été approuvé, mais des chercheurs mènent des travaux encourageants en vue de comprendre les mécanismes qui sous-tendent les propriétés des cellules souches et de déterminer si le recours à ce type de cellules constitue une option thérapeutique efficace et sans danger pour les personnes atteintes de SP.

Les cellules souches peuvent être injectées dans l’organisme suivant différentes méthodes. Elles peuvent être administrées par voie intraveineuse (injection dans une veine), par voie intrathécale (injection dans l’espace entourant la moelle épinière) ou par voie intraparenchymateuse (injection dans le cerveau). En plus de soulever des préoccupations d’ordre éthique, l’utilisation des cellules souches suscite des inquiétudes légitimes en matière de santé. Les traitements par cellules souches peuvent en effet s’avérer risqués, dans la mesure où les cellules ainsi injectées peuvent se comporter de façon invasive et donner naissance à des tumeurs.

Les applications des cellules souches décrites ci-après sont actuellement mises à l’essai en vue du traitement de la SP :

Cellules souches hématopoïétiques (CSH)

Les cellules souches hématopoïétiques (CSH) se trouvent dans la moelle osseuse, le sang et le cordon ombilical. Elles sont capables de se différencier pour devenir n’importe quel type de cellules sanguines et immunitaires. Ce type de cellules est utilisé depuis de nombreuses années dans le traitement de la leucémie et d’un certain nombre de lymphomes et de maladies du sang. La greffe de CSH constitue une procédure risquée, associée à un taux de mortalité variant de 1 à 2 %. Elle a été testée à titre expérimental chez des personnes atteintes d’une forme de SP à évolution rapide, réfractaires aux autres traitements et ayant reçu un pronostic sombre. L’objectif principal de ce type d’intervention est de reconstituer le système immunitaire, lequel est censé être à l’origine de la détérioration des cellules nerveuses en cas de SP. Cette procédure consiste tout d’abord à prélever des cellules souches de la moelle osseuse du patient, puis à supprimer le système immunitaire de ce dernier par chimiothérapie. Les cellules souches prélevées sont réintroduites dans l’organisme, où elles se transformeront en de nouvelles cellules immunitaires. Le but de la procédure est de procurer au patient un système immunitaire entièrement renouvelé et sain qui ne prendra plus la myéline pour cible. Toutefois, le recours aux CSH constitue un traitement draconien. C’est pourquoi des chercheurs tentent de trouver des façons d’en modérer l’intensité afin d’en réduire les effets secondaires et de faire d’un tel traitement une option appropriée pour un nombre accru de personnes atteintes de SP.

La Société canadienne de la SP et la Fondation pour la recherche scientifique sur la SP ont financé un essai clinique sur la greffe de moelle osseuse (GMO) mené par les Drs Mark Freedman et Harry Atkins, de l’Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa. Pour en savoir plus, consultez notre page sur l'Essai Canadien sur la greffe de moelle osseuse.

Cellules souches mésenchymateuses

Les cellules souches mésenchymateuses (CSM) sont présentes dans de nombreuses parties de l’organisme, notamment la moelle osseuse, la peau et les graisses. Il a été démontré que les CSM entravent l’inflammation et participent à la réparation des tissus nerveux, ce qui en fait des candidats intéressants pour le traitement de la SP.

Des travaux de recherche menés actuellement sur des animaux consistent à étudier le potentiel des CSM relativement à la régénération des tissus cérébraux. Dans le cadre d’une étude cruciale menée par le Dr Robert Miller, de l’Université Case Western Reserve, un traitement par CSM humaines administré à des souris présentant une maladie comparable à la SP a eu pour résultats une atténuation des symptômes semblables à ceux de la SP et l’apparition de signes de réparation du cerveau et de rétablissement fonctionnel. Le Dr Dimitrios Karussis et ses collaborateurs ont publié les résultats d’un essai clinique de phase I/II qu’ils ont mené sur l’innocuité et la faisabilité d’un traitement par CSM auprès de 15 sujets atteints de SP. Au cours des six mois qui ont suivi l’administration du traitement à l’étude, les chercheurs ont constaté des améliorations chez les personnes ayant participé à l’essai.

La découverte du potentiel des CSM pour le traitement de la SP a mené au lancement de l’étude MESCAMS (MEsenchymal Stem cell therapy for CAnadian MS patients), essai clinique de phase II subventionné conjointement par la Fondation pour la recherche scientifique sur la SP, Research Manitoba et Services alimentaires A&W du Canada. L’étude MESCAMS, qui sera dirigée par le Dr Mark S. Freedman (Institut de recherche de l’Hôpital d’Ottawa/Université d’Ottawa), chercheur principal au sein de l’équipe de recherche concernée à Ottawa, et le Dr James J. Marriott (Université du Manitoba), chercheur principal à l’œuvre à Winnipeg, s’inscrit dans le cadre d’un vaste programme de recherche sur les cellules souches mésenchymateuses auquel participent neuf pays. Pour en savoir plus, consultez notre page sur Les cellules souches mésenchymateuses pour le traitement de la SP.

Cellules souches neuronales

Les cellules souches neuronales (CSN) sont présentes dans le cerveau et ont la capacité de se différencier en divers types de cellules neuronales, tels des neurones, des oligodendrocytes et des astrocytes. Les CSN pourraient protéger le cerveau et moduler l’action du système immunitaire. Des essais cliniques menés sur des primates non humains ont démontré que la greffe de CSN a des effets bénéfiques en ce qui a trait à la progression d’une maladie comparable à la SP. Reste maintenant à effectuer des essais cliniques auprès de sujets humains en vue d’évaluer l’innocuité et l’efficacité de ce type de traitement.

Comme l’illustrent les exemples fournis ci-dessus, l’utilisation des cellules souches dans le traitement de la SP donne lieu à une grande variété d’études qui nous permettront d’approfondir nos connaissances dans ce domaine. Soulignons par ailleurs que les résultats de recherche déjà publiés à ce sujet sont fort prometteurs. Toutefois, des études comparatives plus vastes et de plus longue durée que celles réalisées à ce jour seront nécessaires pour qu’on puisse savoir si le recours aux cellules souches constitue une option thérapeutique sûre et efficace. Seuls des essais menés auprès de sujets humains permettront de déterminer le type de cellules souches approprié, les méthodes de transplantation optimales ainsi que les formes de SP contre lesquelles les divers traitements par cellules souches s’avéreront bénéfiques.

Ressources

  1. Iajimi, A.A. et al. Feasability of cell therapy in multiple sclerosis: A systematic review of 83 studies. IJHOSCR.
    2013; 7.
  2. Holloman, J.P. et al. The development of hematopoietic and mesenchymal stem cell transplantation as an effective treatment for multiple sclerosis. Am J Stem Cell. 2013; 2: 95-107.
  3. Fassas A, et al. Long-term results of stem cell transplantation for MS: a single-center experience. Neurology. 2011; 76(12):1066-1070.
  4. Inoue M et al. Comparative analysis of remyelinating potential of focal and intravenous administration of autologous bone marrow cells into the rat demyelinated spinal cord. Glia. 2003; 44 (2):111–118.
  5. Akiyama Y et al. Remyelination of the spinal cord following intravenous delivery of bone marrow cells. Glia. 2002; 39(3):229–236.
  6. Harris VK etal. Characterization of autologous mesenchymal stem cell-derived neural progenitors as a fea­sible source of stem cells for central nervous system applications in multiple sclerosis. Stem Cells Transl Med 2012; 1: 536-547.
  7. Giannakopoulou A et al. Inflammatory changes induced by transplant­ed neural precursor cells in a multiple sclero­sis model. Neuroreport. 2011; 22: 68-72
  8. Harris VK et al. Clinical and pathological effects of intrathecal injection of mesenchymal stem cell-derived neural progenitors in an experi­mental model of multiple sclerosis. J Neurol Sci 2012; 313: 167-177.
  9. Ben-Hur T. Immunomodulation by neural stem cells. J Neurol Sci. 2008; 265(1-2):102-4.
  10. Pluchino S, et al. Human neural stem cells ameliorate autoimmune encephalomyelitis in non-human primates. Ann Neurol. 2009; 66(3):343-54.
  11. Darling PJ et al. Diminished Th17 (Not Th1) Responses Underlie Multiple Sclerosis Disease Abrogation after Hematopoietic Stem Cell Transplantation. Annals of Neurology, 2012 Oct 11.
  12. Bai L et al. Hepatocyte growth factor mediates MSCs stimulated functional recovery in animal models of MS. Nature Neuroscience. 2012; 15(6): 862-870.